RSA en Finistère : ce que le sondage commandé par la majorité a oublié de dire
L’Alliance pour le Finistère annonce que « 68 % des Finistériens » approuvent la politique RSA du Département.
Le sondage qu’elle a commandé à l’Ifop ne dit pas cela. Rapporté à l’ensemble des personnes interrogées, ce chiffre tombe à un tiers.
L’enquête a été réalisée par l’Ifop auprès de 1 001 Finistériennes et Finistériens, par téléphone, du 26 juin au 6 juillet 2026.
Nous ne contestons ni le droit d’une majorité à commander une enquête d’opinion, ni le sérieux de l’Ifop. Nous contestons l’usage politique qui est fait des résultats.

Un sondé sur deux n’a jamais entendu parler du plan
Le plan RSA du Département n’est connu que de 48 % des personnes interrogées : 34 % en connaissent précisément le contenu, 14 % en ont entendu parler sans savoir de quoi il s’agit. Les 52 % restants n’en avaient jamais entendu parler.
Les fameux 68 % de satisfaits ne portent que sur ces 48 %. Rapporté à l’ensemble de l’échantillon, cela fait un tiers : environ un sondé sur trois connaît le plan et s’en dit satisfait.
Les autres ne sont pas pour autant opposées au plan. Mais on ne peut pas transformer la satisfaction d’une partie de l’échantillon en approbation de « 68 % des Finistériens ».
Le même procédé s’applique à Maël de Calan. Seuls 51 % des sondés connaissent son nom ; parmi eux, 72 % se disent satisfaits de son action. Rapporté à l’ensemble, cela fait 37 %. Autrement dit : un sondé sur trois connaît le plan RSA et s’en dit satisfait, un sondé sur trois connaît Maël de Calan et approuve son action. Nous sommes loin du soutien massif revendiqué.
Publicité, sondage, communiqué : le circuit fermé
Ce sondage arrive quelques jours après une campagne publicitaire dans la presse locale. Le Département y a consacré près de 50 000 euros d’argent public pour vanter son plan RSA.
La collectivité finance d’abord une campagne qui présente le dispositif comme une réussite. Dans la foulée, le groupe majoritaire commande un sondage pour en mesurer la perception, puis en tire un communiqué triomphal.
On ne peut pas évaluer une politique publique à partir de la perception que sa propre communication a fabriquée.
Un sondage mesure des opinions, pas des résultats
C’est le problème de fond. Cette enquête mesure ce que les gens pensent du RSA, des obligations et des contrôles en général. Elle ne mesure pas les résultats du plan appliqué en Finistère.
Prenons la question sur les contrôles. Les sondés devaient choisir entre deux affirmations : « le Département a raison d’engager ces contrôles, il doit les continuer », ou « la CGT a raison de les contester, le Département doit les réduire ». 73 % ont retenu la première.
Aucune case ne permettait de répondre : oui aux contrôles quand ils sont nécessaires, à condition qu’ils soient dignes, proportionnés et respectueux des droits des personnes. C’est pourtant la position des 26 conseillères et conseillers départementaux de gauche, soit 48 % de l’assemblée.
Rappelons-le : les contrôles du RSA existaient avant 2021, comme la lutte contre la fraude. Le débat ne porte pas sur leur existence, mais sur la manière. Quelles méthodes, quel ciblage, quelles garanties pour les personnes, quel équilibre entre contrôle, accompagnement et accès aux droits.
Nous refusons que les allocataires soient placés sous suspicion permanente. Nous refusons aussi qu’on présente la baisse du nombre d’allocataires comme une réussite tant que le Département ne dit pas ce que sont devenues les personnes sorties du dispositif.
Neuf questions restées sans réponse
Ce sondage ne nous dit pas :
- combien de personnes ont retrouvé un emploi durable ;
- combien l’occupent encore six mois ou un an plus tard ;
- quelle est la nature des contrats retrouvés ;
- combien sont sorties du RSA après une suspension ou une radiation ;
- combien ont ensuite obtenu le rétablissement de leurs droits ;
- combien sont sorties des statistiques sans retrouver d’emploi ;
- combien ont basculé vers une précarité plus grande encore ;
- combien ont accédé au RSA grâce à la lutte contre le non-recours ;
- quels sont les résultats précis des contrôles engagés.
Ces informations sont indispensables pour évaluer sérieusement la politique départementale. Depuis trois ans, Kévin Faure et les élu·es de Finistère & Solidaires les réclament. Dans un courrier adressé le 7 avril 2026 au président du Conseil départemental, ils ont de nouveau demandé des données mensuelles, complètes et vérifiables, ainsi qu’une évaluation associant allocataires, professionnels de l’insertion et organismes partenaires.
Ces demandes n’ont toujours pas reçu de réponse complète.
Pendant ce temps, le chômage progresse
Selon l’Insee, le taux de chômage est passé de 6 % à 6,9 % dans le Finistère entre le premier trimestre 2023 et le premier trimestre 2026, soit 0,9 point de hausse. Sur la même période, l’augmentation a été limitée à 0,5 point dans les Côtes-d’Armor et le Morbihan.
Cette évolution ne prouve pas à elle seule l’échec du plan RSA. Mais la baisse du nombre d’allocataires ne suffit pas davantage à en démontrer le succès. On ne peut pas retenir seulement les statistiques qui arrangent.
Dans le même temps, le Département a réduit de plus de 200 000 euros son soutien aux Missions locales entre 2023 et 2025. Ces structures accompagnent les jeunes vers l’emploi, préviennent les ruptures de parcours et interviennent avant que les difficultés ne s’aggravent. En réduisant leurs moyens, le Département fragilise l’insertion des jeunes Finistériens.
Notre proposition : publiez tous les chiffres, chaque mois
Kévin Faure renouvelle sa proposition à Maël de Calan : que le Département transmette chaque mois l’intégralité des chiffres permettant d’évaluer son plan RSA.
Si ces données montrent que les sorties correspondent à des emplois durables, que les personnes ne sont pas simplement sorties des statistiques et que les moyens engagés produisent leurs effets, Kévin Faure s’engage à le reconnaître publiquement. Comme il l’a déjà dit en séance plénière et à la télévision, il est prêt à le faire aux côtés du président du Département, lors d’une conférence de presse commune.
À lui de répondre.
Le RSA est un droit. Le contrôle peut être légitime. Mais l’efficacité d’une politique publique se démontre par des résultats complets et transparents, pas par des pleines pages de publicité et des sondages d’opinion.
Convaincre par les chiffres plutôt que claironner : voilà ce que nous demandons.
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